Notre Dame de la Mer Rouge

Aimery Sénebault fit la croisade d’Egypte, il y fut fait prisonnier de guerre en 1250, avec le roi et toute l’armée. Peut–être fut–il emmené en captivité sur les bords de la Mer Rouge ; toujours est–il que, de retour en France, il fit bâtir, dans un îlot, au milieu du plus grand étang de la Brenne (200 hectares), une petite chapelle où la Vierge est honorée sous le titre de Notre–dame–de la–Mer–Rouge.

On raconte qu’étant à la chasse, le seigneur du Bouchet perdit son épervier favori. Il cherchait depuis longtemps cet oiseau qu’il avait si péniblement dressé, quand il s’avisa de traverser l’eau et de se rendre dans l’îlot de son étang. Il s’approcha d’un grand chêne et fouilla partout du regard sous les rameaux épais.
Quel ne fut pas son étonnement de découvrir dans un creux de l’arbre, à côté de l’oiseau égaré, une statue de la Vierge. Se prosternant respectueusement, il invoque avec amour la Mère des Miséricordes. le pieux chevalier comprit que le ciel voulait donner à la Brenne, pays très malsain et en proie aux fièvres intermittentes, une patronne et une consolatrice. Il fit bâtir une chapelle au lieu même où il avait trouvé la statue de la Vierge, et, pour mieux graver dans la mémoire des peuples qu’elle avait été découverte dans le creux du chêne, il fit renfermer le tronc et quelques branches dans l’épaisseur des murailles de cette chapelle.
On accourt de toutes parts à ce sanctuaire ; on y amène des infirmes, des malades,
et, pour en rendre l’accès plus facile, on réunit par une chaussée l’îlot à la terre ferme.
Au XVIe siècle, la chapelle fut détruite par les protestants. Ses murs furent renversés, ses ornements pillés et la statue emportée à Déols pour être brûlée. Cet évènement eut lieu après la victoire remportée à Moncontour par le duc d’Anjou, le 3 Octobre 1569.

Affolées, les garnisons protestantes du Poitou, celles de Châtellerault en particulier, regagnèrent par le Berry leurs places de sûreté, Sancerre et La Charité. Chemin faisant, elles pillèrent la chapelle de la Mer Rouge qui se trouvait sur leur passge et revinrent à Déols où les Huguenots brûlèrent en place publique la statue qu’Aimery Sénebault avait trouvé au creux du chêne.
Abbé DAMOURETTE.

La levrette

Un braconnier du village des Baudins, commune de Lacs, était un soir, à l’affûts aux abords d’un petit bois voisin de son hameau, lorsqu’une bête blanche sort du taillis, s’arrête et se prend à le considérer. Le paysan ne met un instant en doute que ce ne soit La Levrette ; aussi détale–t–il à grand’erre. sa frayeur est telle que l’idée ne lui vient même pas de faire usage de son fusil et qu’il n’ose jeter un coup d’oeil en courant par–dessus son épaule, pour voir s’il est poursuivi. Enfin, il arrive, haletant, à l’entrée du village, pousse la porte–coupée de la première maison qu’il rencontre, entre, ferme seulement le vantail du bas et, se jugeant en sûreté, regarde résolument derrière lui.
La Levrette est là… à vingt pas à peine… et avance toujours !
Le braconnier n’hésite plus et fait feu sur la bête… La bête tombe…
Cependant, le maître et la maîtresse de la maison dans laquelle il se trouve, réveillés en sursaut par le coup de fusil, sautent à bas de leur couche et s’informent, pleins d’épouvante, de quoi il s’agit. On se reconnaît, on s’explique ; puis il est question d’aller tous ensemble à la découverte du diabolique gibier. Dieu sait avec quelles précautions, avec quel émoi, on procède à cette exploration ! Ce n’est que munis d’eau bénite et en prodiguant les signes de croix qu’ils osent, tous les trois, s’acheminer vers la place où gît la bête.
– Ah ! le malheureux ! s’écrie tout à coup la femme, il a tué ma chèvre !…
Rien n’était plus vrai. La pauvre bête s’était égarée, la veille, dans les champs, et c’est pourquoi ses maîtres, après l’avoir vainement cherchée toute la soirée, avaient laissé leur porte entrouverte, afin qu’elle pût entrer au logis, si l’envie lui prenait d’y revenir.
– Je vous paierai votre chèvre, dit le braconnier tout penaud à ses deux voisins ; mais je vous en prie, ne parlez pas de l’aventure.
LAISNEL DE LA SALLE



30/04/2007
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